Je voulais raconter Mille Roses, mais je ne vous parle que de nous !

De la disparition de mes parents à la naissance de Mille Roses en 1999 : l'histoire vraie d'un domaine familial du Médoc, racontée par son vigneron.

Mon histoire de vigneron est indissociable de l’héritage que m’ont laissé mes parents. Ce sont les moyens qu’il m’a offerts qui ont permis de faire de Mille Roses un petit joyau viticole du Médoc.

Quelque part, je dois admettre que l’injonction « tu n’as pas le droit de te planter avec tout ce que tu as » m’a quand même bien pourri la vie. Aujourd’hui encore, je lutte pour laisser un peu de place à un satisfecit qui raconterait plus honnêtement cette aventure dont je suis, au moins en partie, responsable. C’est une belle réalisation, non ?

Car oui, Mille Roses s’est fait une petite place. Discrète, diront certains. Mon histoire un peu tourmentée dès le départ n’aidait pas : mes parents ont disparu très tôt, avant mes 5 ans. Cette rupture, entre mon départ de Macau et mon retour à 20 ans, a effacé les quelques relations dans le Médoc qu’avaient probablement mes parents, et qui auraient pu me servir d’héritage plus « relationnel ».

Un héritage qui pesait lourd

Pas de transition affective, donc, pour le petit jeune qui a troqué le vélo et les copains de jeunesse pour la gestion d’un bien immobilier : des terres agricoles, des forêts de pins maritimes, des gravières, et de très beaux bâtiments « en devenir ». Ce patrimoine a réclamé beaucoup de soins, et de nombreux corps de métier.

J’aime dire que j’ai troqué le vélo et le ski pour le pinceau et la tondeuse. Avec, je l’admets, une certaine solitude qui a transformé ma vie à cette époque.

Mes tuteurs m’avaient orienté vers des études d’œnologie et de viticulture, sachant ce qui me reviendrait un jour. Moi, je n’en savais rien. J’ai donc démarré l’aventure Mille Roses seul pendant 3 ans, avant de rencontrer Sophie, qui a vraiment permis au domaine de naviguer dans moins de turbulences. Un peu à la manière des avions de ligne qui profitent des jet-streams pour économiser du carburant, gagner en altitude et prendre de la distance avec le sol tout cabossé.

Je voulais raconter Mille Roses et je ne parle que de moi. C’est finalement ce qui donne tout son sens à la phrase de notre prospectus : « Une aventure humaine sur un terroir de caractère ».

Pourquoi « Mille Roses » ?

D’où vient le nom du domaine ?

En 1999, à partir d’un demi-hectare de vignes familiales, j’ai donné la première impulsion à mon propre domaine. Je l’ai baptisé « Mille Roses » en hommage à ma mère, passionnée de fleurs et de rosiers. Le nom dit aussi l’objectif que je m’étais fixé : produire des vins aromatiques, élégants et raffinés, à l’image de la fleur qui inspire le domaine.

Et puis la rose est chevillée à la vigne depuis la fin du XIXe siècle. Plantée en bout de rang, elle servait de sentinelle face aux crises sanitaires de l’époque, le mildiou et l’oïdium en tête. Difficile de trouver symbole plus juste.

Sophie, et l’aventure à deux

Sophie est issue d’une famille nantaise, très bretonne d’ailleurs. Formée au commerce international et à l’organisation d’événements commerciaux, elle est venue continuer l’aventure avec moi en 2002. Jean est né en 2006, Marie en 2008, Suzanne en 2010. Métronomique.

Aujourd’hui, je peux le dire franchement : Mille Roses n’existerait pas tel qu’il est sans notre collaboration. Je me demande même si un vignoble peut atteindre la même harmonie sans une belle histoire de famille derrière.

À l’image du vignoble, nous savons tous les deux que rien n’est jamais gagné. Chaque jour, le compteur repart à zéro, histoire de ne pas s’endormir sur nos lauriers.

Qui fait quoi à Mille Roses ?

Le partage des responsabilités est très clair. Je m’occupe de la direction technique et commerciale, Sophie gère l’administration, la comptabilité, la finance et l’organisation générale de l’exploitation. Et depuis quelque temps, vu les difficultés que traverse le monde du vin, et Mille Roses avec lui, nous nous démenons ensemble pour garder un avenir à cette aventure, en allant à la rencontre de nos futurs clients.

Le vin reste notre sujet principal. Nous ne pouvons rien faire à peu près, rien rater. Je me demande d’ailleurs si je n’ai pas quelques nœuds à l’estomac à force de m’angoisser.

Notre idée d’un vin honnête

Nous devons produire des vins qui séduisent nos clients et qui correspondent à l’idée que nous nous faisons d’un vin honnête, reflet de son appellation. Révéler le terroir plutôt que le masquer : voilà l’objectif le plus important. Notre héritage culturel et nos terres doivent d’abord mener à un vin qui ne cède pas son identité aux sirènes du commerce.

Nous refusons les extractions excessives et les élevages trop marqués par le bois. Nous voulons des vins équilibrés, frais et identitaires. Pas besoin d’être des stakhanovistes du remontage ou des contrôles œnologiques pour réaliser notre rêve. La charge principale, c’est la vigne et son raisin. Et merci à ce terroir, qui fait déjà une grande partie du travail grâce à sa qualité naturelle.

Si, en assumant pleinement cette responsabilité, nous y ajoutons l’idée de transmettre un bien soigné et respectueux de l’environnement, alors nous serons fiers de ce petit parcours.

Transmettre, au fond, c’est tout

Un sentiment m’accompagne en vieillissant : nous n’emportons rien dans la tombe. Nous sommes juste les dépositaires de biens à transmettre de la manière la plus élégante possible.

Là est notre responsabilité finale.

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