Depuis fin 2009, le Château Mille Roses est engagé dans une démarche de viticulture biologique certifiée par ECOCERT. Cette certification officielle garantit que nos pratiques respectent un cahier des charges strict, contrôlé chaque année par un organisme indépendant. Au-delà du simple label, elle traduit une véritable philosophie de travail, fondée sur le respect de la nature, des sols, de la vigne et des consommateurs.
La certification bio repose avant tout sur un principe essentiel : accompagner les équilibres naturels plutôt que les remplacer par des solutions chimiques de synthèse. Pour le viticulteur, cela implique de nombreuses règles, à la vigne comme au chai.
À la vigne : un travail encadré par des règles précises
En agriculture biologique, les herbicides, insecticides et fongicides de synthèse sont interdits. Nous ne pouvons donc pas recourir à la plupart des produits conventionnels utilisés contre les maladies, les ravageurs ou les mauvaises herbes. Et croyez-nous : avec le réchauffement climatique et ce climat qui ressemble plus aux tropiques qu’à autre chose, c’est vraiment très difficile.
Pour protéger la vigne des principales maladies cryptogamiques, le mildiou et l’oïdium en tête, nous utilisons uniquement des produits autorisés en bio, principalement à base de cuivre et de soufre. Leur usage est strictement réglementé et doit être raisonné pour limiter leur impact sur l’environnement.
Quelle quantité de cuivre est autorisée en viticulture bio ?
La dose moyenne ne doit pas dépasser 4 kg de cuivre métal par hectare et par an. Il faut donc y aller « mollo » pour rester dans les clous. Le cuivre et le soufre sont les deux piliers de la protection en bio, toujours en complément d’une observation très attentive de la vigne.
L’entretien des sols est tout aussi fondamental. Sans herbicides, maîtriser l’herbe sous le rang demande davantage d’interventions mécaniques : travail du sol, tonte, enherbement maîtrisé, passage d’outils spécifiques. Ces pratiques favorisent la vie biologique des sols, améliorent leur structure et permettent un meilleur enracinement de la vigne. À Mille Roses, nous avons investi dans pas mal de matériel pour être opérationnels.
La fertilisation est elle aussi encadrée. Les engrais chimiques de synthèse sont interdits. Nous privilégions les apports organiques naturels : composts, matières végétales, amendements autorisés. L’objectif est de nourrir le sol pour qu’il nourrisse durablement la vigne.
La biodiversité joue enfin un rôle essentiel. Maintenir des couverts végétaux, des haies ou des espaces favorables à la faune crée un écosystème plus équilibré, capable de limiter naturellement certains ravageurs et de renforcer la résilience du vignoble. Là, nous avons encore du travail : le dossier que nous ouvrirons cet automne sera sans doute l’aménagement de haies à divers endroits de la propriété.
Au chai aussi, des règles strictes
La certification ne s’arrête pas à la récolte. La vinification est elle aussi soumise à un cahier des charges précis.
Les raisins bio doivent être identifiés et suivis tout au long du processus pour assurer une traçabilité parfaite. Chaque étape est enregistrée et contrôlée. Les intrants œnologiques autorisés sont moins nombreux qu’en conventionnel, certains procédés et additifs sont interdits ou fortement limités. L’objectif : préserver au maximum l’authenticité du raisin et l’expression du terroir.
Le vin bio contient-il des sulfites ?
Oui, contrairement à une idée répandue. Le vin bio peut contenir des sulfites, mais les doses maximales autorisées sont inférieures à celles du conventionnel. À Mille Roses, nous sommes parfois à seulement la moitié des doses pourtant déjà réduites du bio, car nous conservons des acidités élevées et de beaux tanins. Tant mieux pour l’équilibre des vins.
Le vigneron doit donc rester très vigilant tout au long de la vinification, pour garantir la stabilité et la qualité du vin avec un recours plus limité à cet outil de protection. Comme il n’est pas dans notre style d’utiliser beaucoup d’intrants en œnologie, ce n’est finalement pas vraiment un sujet pour nous.
Une adaptation profonde du métier de vigneron
Produire un vin bio ne consiste pas à remplacer un produit par un autre. C’est une approche globale, qui exige une adaptation permanente et une observation bien plus fine du vignoble.
Première conséquence : une présence accrue dans les vignes. Les maladies doivent être anticipées plutôt que corrigées. Observations régulières, lecture de la météo et réactivité deviennent essentielles. Chaque intervention doit tomber au moment le plus opportun pour être efficace.
Le travail mécanique des sols demande aussi plus de temps, de matériel spécialisé et de savoir-faire. Nous avons deux tracteurs et deux pulvérisateurs, que nous utilisons parfois ensemble, Manu et moi, quand la « fenêtre de tir » est trop courte lors des épisodes pluvieux. Les passages sont plus nombreux et doivent s’adapter aux conditions et à chaque parcelle. Nos parcelles de Merlot, par exemple, sont assez sensibles au mildiou, surtout les plus vigoureuses, qui produisent davantage de pampres et enferment l’humidité au cœur du cep.
La vigne elle-même s’adapte peu à peu à ce mode de conduite. Un sol vivant, riche en matière organique et en activité biologique, favorise un système racinaire plus profond. Les ceps deviennent alors plus autonomes face aux variations climatiques, notamment en période de sécheresse.
La gestion de la vigueur prend aussi une importance particulière. Une végétation équilibrée laisse mieux circuler l’air autour des grappes et limite naturellement les maladies. Les travaux en vert, comme l’ébourgeonnage et le relevage, sont essentiels dans cette recherche d’équilibre. Avec les millésimes chauds qui s’enchaînent, cela fait des années que nous ne pratiquons plus l’effeuillage, pour éviter une trop forte concentration en sucres et donc des vins trop alcoolisés. Et tant mieux : cela abaisse aussi notre coût de revient.
Cette démarche implique enfin une part de risque plus importante. Certaines années, quand les conditions sont très favorables aux maladies, les marges de manœuvre sont bien plus étroites qu’en conventionnel. Il faut une grande vigilance, et accepter parfois des rendements plus faibles pour préserver la qualité et respecter les principes du bio. En 2023, nous avons ainsi perdu 80 % de la récolte, ravagée par un mildiou que presque personne, surtout en bio, n’a su contenir.
Un engagement de long terme
La certification ECOCERT repose sur des contrôles réguliers et rigoureux. Chaque année, le domaine fait l’objet d’audits qui vérifient la conformité de nos pratiques, la traçabilité de nos opérations et le respect de l’ensemble de la réglementation bio.
Au-delà du réglementaire, cet engagement traduit notre volonté de transmettre un patrimoine vivant aux générations futures. Préserver les sols, favoriser la biodiversité, limiter les intrants de synthèse et accompagner les équilibres naturels : autant de choix qui demandent plus de travail, de technicité et d’observation, mais qui correspondent à notre vision du métier.
Quand vous dégustez l’un de nos vins bio, vous goûtez le fruit d’un engagement quotidien, de la vigne à la bouteille. Un travail exigeant, qui cherche à exprimer notre terroir tout en respectant l’environnement. Et croyez-moi, certaines années, ce n’est pas une sinécure. Les millésimes 2018, 2020, 2021, 2022 et surtout 2023 ont été terribles à gérer, fortement impactés par ce satané mildiou.



